Mon intervention ce matin au Sénat sur la loi de remplacement du CPE
Extraits "(...) Avant d’aller à Canossa, le Premier ministre a montré dans cette affaire son ignorance tant des réalités de la société française que de ses valeurs :
1. Il a estimé nécessaire, dans la poursuite de son action gouvernementale, de faire l’impasse sur le dialogue social et la délibération démocratique pour élaborer et faire approuver une réforme importante du droit du travail ;
2. Il a cru pouvoir imposer, de cette manière, au corps social une mesure effaçant, d’un trait de plume, des conquêtes essentielles du mouvement ouvrier visant à protéger de jure les salariés, tout en accroissant encore l’incertitude et la précarité pesant sur la jeunesse entrant dans le monde du travail.
Résultat : une double faillite :
- En premier lieu, celle d’une politique de l’emploi visant à « flexibiliser » le droit du travail et consistant à faire peser davantage sur l’employé que sur l’employeur le risque économique ;
- En second lieu, celle d’un système politique, au bord de l’effondrement, qui a vu un exécutif à deux têtes, concentrant tous les leviers de commande du pays, se couper peu à peu de la population, des corps intermédiaires et de la représentation nationale, tout occupé qu’il était à chercher les moyens de rester au pouvoir encore pour longtemps.
Dans un premier temps, avec le CPE, offrir des emplois jetables. Aujourd’hui, le dos au mur, élargir des dispositifs d’emploi aidé prévus par le plan de cohésion sociale.
(...) Quelle est la réponse du Gouvernement ?
(...) Comment avoir osé intituler cette loi « pour l’égalité des chances » alors qu’elle a supprimé l’obligation de scolarisation jusqu’à 16 ans en abaissant l’âge de l’apprentissage à 14 ans et qu’elle a failli condamner les jeunes de moins de 26 ans à deux ans d’arbitraire dans leur activité professionnelle ?
Dans le premier cas, la réponse était désastreuse ; dans le second, elle est inexistante, dérisoire.
(…) Il est vrai que votre majorité nous a habitué à privilégier les cadeaux fiscaux à sa clientèle électorale plutôt qu’à investir dans l’éducation et l’innovation ou à initier une vraie démarche de désendettement de l’Etat.
(...) Urgence déclarée, recours au 49-3 devant l’Assemblée, à des artifices de procédure au Sénat, accusation d’obstruction à l’égard de l’opposition, l’attitude du Gouvernement et de la majorité durant l’examen du texte sur l’égalité des chances au Parlement a été indigne d’une démocratie moderne.
Indigne mais annonciateur de la crise de régime d’aujourd’hui : Une nouvelle fois, nos institutions ont montré leurs limites, avec le choix du président de
Et pourquoi cette mascarade ?
Apparemment pour contrer les ambitions du président de l’UMP, également n°2 du Gouvernement.
L’instrumentalisation des institutions de l’Etat au service d’une lutte de clans n’est pas vraiment décente. Est-elle vraiment digne d’un président de
Oui, la vie publique de ce pays a bien besoin d’une profonde rénovation démocratique, seule à même de réconcilier les Français avec leurs institutions politiques et de relégitimer l’action publique.
Enfin, ce conflit sur le CPE a révélé de façon manifeste que deux projets de société s’affrontaient dans notre pays. Nous l’assumons et l’assumerons. Celui qui prend prétexte de la mondialisation, et des difficultés économiques qu’elle engendre pour faire accepter brutalement les injustices sociales et remettre en cause tous les progrès sociaux que notre peuple a conquis de haute lutte, et l’autre, le notre, celui qui a toujours fait avancer notre pays, celui qui prône la réforme concertée avec toutes les forces vives de notre pays et qui a toujours au cœur l’égalité et la démocratie.