David Assouline: "Jamais les déchirements n'ont été l'accélérateur d'une reconstruction"
Au lendemain de la défaite de Ségolène Royal, David Assouline, sur le chat organisé par l'Express, revient sur la rénovation à mener au sein de la gauche et sur la difficile bataille à venir des législatives.
d'Antony: Ne pensez-vous pas que la défaite de Mme Royal est beaucoup plus cuisante qu'elle n'y parait. 47% des électeurs du centre se sont portés sur son nom, alors qu'aux prochaines élections ils réintégreront leur famille d'origine par exemple. Merci.
David ASSOULINE: Non. Ce que vous appelez les électeurs du centre qui se sont reportés sur elle au deuxième tour étaient en grande partie des électeurs de gauche qui ont pris au mot le discours de rupture de François Bayrou vis-à-vis de Nicolas Sarkozy.
Pounard 01: Pourquoi ne pas diviser le PS en deux: une partie qui irait avec les antilibéraux (le PC, etc.) et une partie sociale-démocrate qui s'allierait à François Bayrou?
David ASSOULINE: Au contraire, le PS doit rassembler l'ensemble des nuances de la gauche (antilibéraux, socialistes, républicains et démocrates de progrès) pour recréer une dynamique majoritaire dans le pays. Cela signifie poursuivre jusqu'à son terme la rénovation initiée par Ségolène Royal, tant sur les idées que sur l'organisation et la nouvelle alliance nécessaire. Jamais la division et les déchirements n'ont été des accélérateurs d'une reconstruction. Mais bien sûr, l'unité ne doit pas être du rafistolage sur le plus petit dénominateur commun, mais bien une profonde rénovation du projet et de la politique ouverte aux 17 millions d'électeurs de Ségolène Royal.
simkaunet(côte d'ivoire) : Quel avenir pour Mme ROYAL déjà que des voix discordantes se font entendre au sein de son parti?
David ASSOULINE: Elle a répondu hier, sa légitimité, c'est une campagne audacieuse, combative, innovante, c'est 17 millions d'électeurs qui veulent une autre société que celle de M. Sarkozy, et dont l'espérance, malgré la peine, reste intacte. Elle a dit qu'elle continuerait à porter ce combat, assumant sa responsabilité en première ligne et elle nous a assuré aussi qu'elle poursuivrait ses efforts de rénovation de la gauche. Ce qui doit nous guider au PS, c'est l'intérêt de notre base sociale et électorale qui est très inquiète des conséquences sur leurs conditions de vie et le vivre ensemble de la politique de N. Sarkozy. Ils veulent une force politique pour les défendre et recréer l'espoir. Tout ce qui ressemblera à des intérêts personnels de pouvoir, de positionnement contraires à cet intérêt général sera balayé.
roma: la loi sur l'immigration a été modifié trois fois en 3 ans par Nicolas Sarkozy;c'est pour ça que ma femme d'origine roumaine n'est pas encore française. On est mariés depuis 3 ans.Si la gauche a la majorité aprés les législatives,quelles seront les initiatives à prendre par PS pour améliorer la situation des mariages mixtes en France?
David ASSOULINE: Je salue votre optimisme quant à une possible victoire de la gauche aux législatives, mais quel que soit le résultat, nous défendrons le droit de s'aimer et de se marier sans subir une suspicion de tous les instants renforcée par une multiplication des tracasseries administratives. D'autant que dans votre cas, il s'agit d'une volonté de devenir française, n'est-ce pas le meilleur apport et adhésion à notre identité nationale? Les lois de Sarkozy étaient avant tout des lois de campagne électorale continue qui ne cherchaient pas à régler des problèmes mais à maintenir un débat sur l'immigration jusqu'à l'élection présidentielle. J'espère que s'imposera un jour dans le débat public français l'idée qu'on ne peut pas utiliser l'immigration et la misère humaine pour obtenir des voix.
Paris12: Les conflits d'ambitions personnelles prédominent. Comment le PS peut-il se moderniser?
David ASSOULINE: Il y a 300 000 adhérents au PS, je peux vous assurer que la quasi totalité d'entre eux ont une ambition pour la France, pour leurs convictions, leurs valeurs. Par ailleurs, la gauche et le socialisme se fondent avant tout sur une démarche collective, sur l'idée d'une démocratie parlementaire. Mais malheureusement et c'est toute la perversion de la Ve république, l'élection majeure qui structure la vie politique, c'est l'élection d'une personne au suffrage universel direct. Ceci renforce la personnalisation des enjeux et du pouvoir, et ceci d'ailleurs donne toujours un désavantage au projet socialiste face au projet de la droite. Ceci a aussi tendance à faire passer parfois des ambitions personnelles avant l'intérêt collectif. Ceci a tendance aussi à favoriser les écuries présidentielles au détriment du regroupement autour des idées. Le PS devra se moderniser en réhabilitant, en privilégiant, en associant toutes celles et tous ceux qui n'ont d'autres ambitions que celle de définir ensemble un socialisme du XXIe siècle. Même dans le PS, la démocratie participative est à l'ordre du jour. Nous sommes beaucoup à être déterminés à mener cette modernisation jusqu'à son terme.
Marc: On parle autour de ségolène Royal d'un véritable élan sur son nom??? Vous trouvez, vraiment? La réalité des chiffres dit le contraire.
David ASSOULINE: Regardez les chiffres locaux avec plus d'attention et vous verrez que souvent un candidat de gauche à la présidentielle n'a pas atteint non seulement ce pourcentage mais aussi ce nombre d'électeurs au d'une participation exceptionelle. C'est clair que la droite est majoritaire dans le pays mais les scores que Ségolène Royal atteint dans les milieux urbains, dans les quartiers populaires sont souvent étonnants. Je vous donne l'exemple de mon arrondissement (le XXe à Paris), fort de ses 200 000 habitants. Elle a obtenu 64,8% des voix. Jamais un candidat de gauche à la présidentielle n'avait fait ce score. Elle a non seulement rassemblé la gauche mais en plus suscité une passion, une adhésion particulière dans ces quartiers de l'Est parisien où se côtoient les couches populaires et les classes moyennes, des citoyens de toutes couleurs. J'ai beaucoup accompagné SR dans ses déplacements, je n'ai jamais vécu de telles liesses populaires dans ma vie militante. Mais c'est vrai que pour une partie de la France, plus conservatrice, plus âgée, plus rurale, une femme, un style, des valeurs nouvelles, c'était peut-être trop à la fois. Mais l'avenir est là.
fifi : Bonjour, c'est mort pour les législatives, vous ne croyez pas?
David ASSOULINE: Ce n'est pas "mort", mais disons qu'une élection législative dans la foulée d'une présidentielle qui a été présentée comme le choix fondamental pour tous les Français et avec une telle participation n'avantage pas ceux qui l'ont perdue. Mais l'enjeu reste de taille: il s'agit d'avoir une opposition forte qui puisse réellement veiller à la protection des libertés (en particulier celles de la presse), à l'impartialité de l'Etat, à la défense du lien social, notamment dans les quartiers populaires, la lutte contre toutes les discriminations, au maintien d'une protection sociale et d'une santé accessible à tous. C'est aussi à partir d'une opposition forte que nous trouverons l'énergie créatrice et rénovatrice crédible pour l'alternance de demain.
phil: Le PS a Paris peut conserver la mairie de Paris en 2008 et si oui avec quel alliance?
David ASSOULINE: Bien entendu. Nous faisons, je crois, le même pourcentage que quand nous avons conquis la Mairie en 2001, ce qui est une grande première pour un candidat de gauche à l'élection présidentielle à Paris. Nous devons être attentifs à des évolutions négatives dans certains arrondissements (iVe et IXe), tout en remarquant que le Ve, par contre, a voté majoritairement pour Ségolène Royal. Je ne vois dans ce scrutin aucune espèce ici ou là de vote sanction vis-à-vis de la majorité municipale. A mon avis, l'alliance doit se faire sur un projet commun de nouvelle mandature. Tous les courants politiques d'accord avec un tel projet sous la direction de Bertrand Delanoë sont les bienvenus.
Diégo de la Véga: Bonjour David, DSK a t-il été trop pressé dans ses conclusions?
David ASSOULINE: Je ne l'ai pas écouté, j'étais avec Ségolène Royal dans la foule au moment de sa déclaration mais j'ai reçu beaucoup de messages d'incompréhension. J'espère que tout cela va se clarifier dans la semaine avec des dirigeants et un parti tout entier tourné vers la bataille des législatives, puis rassemblés autour de l'impératif de sa rénovation.