Déroulé / Descriptif de la mission commune d'information Outre Mer

Dimanche 10 mai
Arrivée de la délégation à l’aéroport Pôle Caraïbes
Accueil par MM. Marcel Renouf, sous-préfet de Pointe-à-Pitre et Jacques Gillot, président du conseil général de la Guadeloupe
Lundi 11 mai 2009
Déplacement à Marie-Galante : la situation des îles du Sud au regard de la double insularité
M. Robert Bellemare, président-directeur général de la société Express des îles, une des deux sociétés assurant la desserte des îles du Sud, a indiqué que le flux de passagers, après avoir retrouvé en 2008 un niveau équivalent à celui antérieur au 11 septembre 2001, avait fortement chuté (- 25%) à la suite de la grève générale. Il a précisé que le flux de passagers était composé à 90% de résidents
Rencontre avec MM. Harry Selbonne, Président de la Communauté de communes de Marie-Galante, Patrice Tirolien, maire de Grand-Bourg et Mme Marlène Bourgeois Miraculeux, maire de Capesterre.
Le Président de la Communauté de communes a tout d’abord détaillé les difficultés géographiques, sociales et économiques auxquelles Marie-Galante fait face et qui caractérisent sa « double insularité ».
L’île, distante de la Guadeloupe de 30 km, est d’une superficie réduite : 157 km². Elle subit depuis les années 1960 un exode démographique important : les habitants étaient près de 13 500 en 1990 et ne sont plus que 12 400 en 2006. Ce mouvement s’accompagne d’une structure démographique particulière qui cumule vieillissement de la population et proportion importante de jeunes, avec un creux démographique pour les 20 - 45 ans. La situation sociale est également extrêmement difficile avec un taux de chômage de 31 % et un quasi-doublement du nombre de RMIstes entre 1997 et aujourd’hui. Enfin, les secteurs tant de l’agriculture que de l’industrie de l’île souffrent à la fois de l’étroitesse du marché et de la concurrence vive des produits importés de Pointe-à-Pitre. Il a ainsi jugé que la Guadeloupe n’avait pas encore pris conscience qu’elle était un archipel.
Puis, il a fait état de pistes d’amélioration à encourager, notamment dans le cadre du futur contrat de pays et de la Communauté de communes de Marie-Galante, dont la création a suscité une véritable « communauté de projet ». Le tourisme constitue l’espoir le plus solide de développement ; la continuité territoriale devrait être mieux garantie, grâce notamment à des rotations de bateaux avec la Guadeloupe continentale plus régulières, dans le cadre d’un vrai service public de transport ; la dotation globale de fonctionnement des communes de Marie-Galante devrait être majorée pour tenir compte de la spécificité de la double insularité ; les petites entreprises devraient être aidées à travers un moratoire sur leurs dettes fiscales et sociales. En effet, comme l’a rappelé la maire de Capesterre, par ailleurs chef d’entreprise, les établissements de Marie-Galante rencontrent des difficultés importantes, du fait de la situation économique de l’île, pour acquitter leur obligations sociales et fiscales.
Enfin, le maire de Grand-Bourg s’est inquiété du paradoxe dommageable entre l’insuffisante prise en compte par l’Etat des élus locaux en Guadeloupe et l’importance accordée aux promoteurs des mouvements sociaux. Il a estimé que cette attitude traduisait l’intention de l’Etat de décrédibiliser les élus locaux et, à terme, de « larguer la Guadeloupe ».
Rencontre avec les socioprofessionnels- Salle de la Communauté de communes de Marie-Galante
M. Philippe Bavarday, président du collectif des îles du Sud de la Guadeloupe, a fait état de la souffrance d’une île qui a perdu les deux tiers de ses habitants depuis les années 60 et des pans entiers de son économie. Dans le seul secteur de la canne, le nombre de distilleries est passé de 16 à 3 et les usines à sucre de 5 à 1.
La LODEOM ne pourra, au mieux, concerner qu’une vingtaine d’entreprises dans les îles du Sud sur les 1 200 existantes.
Les assises des îles du Sud ont été lancées le 15 avril dernier à la suite de la visite de M. Yves Jégo, secrétaire d’Etat chargé de l’outre-mer, à Marie-Galante. Ses thèmes initiaux, développement économique, développement touristique et continuité territoriale, ont été élargis à l’initiative du collectif, à la gouvernance, l’insertion par l’économie et l’égalité des chances.
Mme Murielle Toto, de l’Union des structures d’insertion par l’activité économique, a précisé qu’en deux ans, son organisme avait pu prendre en charge 50 personnes mais, faute de moyens adaptés, n’avait pu faire mieux.
M. Michel Lemaistre, de l’Union des forces économiques de Marie-Galante, a souligné l’augmentation de la délinquance, en particulier à Grand-Bourg, et a regretté l’absence, dans la LODEOM, de mesures adaptées au tissu économique insulaire constitué presque exclusivement de très petites entreprises.
M. Claude Poiraud, de la distillerie du Père Labat, a cité comme exemple l’achat des matières premières pour le bâtiment qui doivent répondre aux normes anticycloniques. Selon lui, la situation est surtout catastrophique pour les jeunes, privés d’avenir faute d’appareils de formation locaux, y compris dans les secteurs traditionnels comme la pêche et l’agriculture.
M. Philippe Bavarday a conclu en rappelant que Marie-Galante avait l’eau courante la plus chère de l’archipel de la Guadeloupe et que les îles du Sud représentaient 30% de la population carcérale du département.
Rencontre avec les représentants des marins-pêcheurs de Marie-Galante
La délégation a rencontré des représentants des marins-pêcheurs de Marie-Galante. Ils ont rappelé que la pêche était une tradition à Marie-Galante et qu’elle avait conservé son caractère artisanal. La flotte est aujourd’hui composée d’une centaine de bateaux, dont le produit de la pêche est presque exclusivement écoulé sur le marché de Marie-Galante. Ils ont ensuite fait part de leurs différentes préoccupations, notamment :
- le manque d’infrastructures terrestres (en particulier l’absence de chambre froide pouvant assurer le stockage) ;
- l’organisation déficiente de la filière pêche en Guadeloupe ;
- le déficit de formation adaptée dans le secteur de la pêche ;
- les difficultés des pêcheurs à faire face au rôle et aux cotisations de l’URSSAF ;
- le déclin de la ressource et la nécessité d’assurer une réelle protection de cette dernière ;
- la question de la délimitation des différentes zones de pêche, notamment vis-à-vis de la Dominique.
Visite de l’usine de canne à sucre de Marie-Galante
M. Bernard Clavery, directeur de l’usine, a indiqué que la campagne sucrière avait commencé cette année avec trois semaines de retard du fait de la crise. Elle concerne quelques 3 000 planteurs, propriétaires de parcelles d’une superficie moyenne d’un hectare. Le rendement moyen est de 60 tonnes à l’hectare. L’objectif de récolte est de 150 000 tonnes de canne pour la campagne sucrière contre 115 000 tonnes l’an passé.
L’usine emploie 70 personnes en CDI et recrute 120 personnes en campagne sucrière. La production de rhum est de 5 700 hectolitres et représente 25 % du chiffre d’affaires. Elle produit sa propre énergie grâce à deux générateurs fonctionnant à partir de la bagasse mais le matériel est ancien.
Il s’est félicité de l’adoption de l’amendement de M. Jean-Paul Virapoullé à la loi pour le développement économique des outre-mer, qui permettra de développer l’énergie produite à partir de la bagasse et d’améliorer la rémunération des planteurs dont il a rappelé qu’elle n’a pas évolué depuis 10 ans.
Un projet de centrale de 15 mégawatts verra prochainement le jour et sera la seule à fonctionner localement.
Rencontre avec MM. Gil Themine, président du conseil d’administration et Laurent Martens, directeur général du port autonome de la Guadeloupe (PAG)
Les représentants du port autonome de la Guadeloupe (PAG) ont rappelé que ce dernier était un établissement public de l’Etat créé en 1975. Il compte cinq sites :
- le port de Jarry-Baie Mahault, qui représente près de 95% de l’activité du PAG en matière de transport de marchandises ;
- le port de Pointe-à-Pitre, port historique mais dont l’exiguïté empêche aujourd’hui le développement. Il représente cependant 95 % du trafic de passagers du PAG ;
- le port de Basse-Terre, port multi-activités (fret, passagers, croisière) mais de dimension réduite ;
- le port de Folle-Anse de Marie-Galante : le PAG y remplit une mission de service public en n’y appliquant aucun droit de port ;
- la marina de Bas-du-Fort, qui constitue un port important de yacht dans les Caraïbes. Au total, le port représente près de 11 500 emplois indirects et constitue le seul grand port autonome d’outre-mer
M. Laurent Martens, directeur général du PAG, a présenté le projet ambitieux du conseil d’administration, destiné à construire notamment un grand port, de stockage de conteneurs et une base de réparation pour les grands yachts. Il a souligné la volonté du port d’être aujourd’hui un aménageur exemplaire en matière de développement durable.
En réponse aux interrogations des membres de la délégation sénatoriale quant au poids du fret maritime dans les prix des produits de première nécessité, les responsables du PAG ont indiqué que le prix d’un conteneur de 20 équivalent vingt pieds (EVP) était de 2 000 € environ dans les Antilles, contre 1 300 à La Réunion et que, dans les Antilles, la position de l’entreprise CMA CGM était monopolistique. Aujourd’hui, il y a donc une véritable nébuleuse en matière de formation des prix et une plus grande transparence est indispensable. Enfin, M. Martens a indiqué que le projet de grand port du PAG s’entendant comme complémentaire de ceux de Marie-Galante et de Basse-Terre.