Intervention contre la DADVSI (vote de la Loi au Sénat)

Publié le par David

Voici l'intervention que j'ai faites dans la nuit de mercredi à jeudi pour expliquer pourquoi les socialistes du Sénat voteront contre le projet de Loi DAVSI. N'hésitez pas à mes laisser vos commentaires, je vous répondrais rapidement.
" Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Cher(e)s collègues,
 
Le Gouvernement ayant décrété l'urgence pour l'examen de ce projet déposé il y a trois ans sur le bureau de l?Assemblée nationale, nous voilà donc parvenus au terme de l'unique lecture d'un texte techniquement complexe et politiquement délicat.
 
Rappelons rapidement que l'exercice des droits de propriété intellectuelle se déroule désormais à l'ère des réseaux numériques, de la numérisation sans limite des oeuvres, dans le cadre d'une économie numérique en plein essor et appelée à se développer encore longtemps.
 
Dans ce contexte, la tentation notamment pour les éditeurs de logiciels est de capter à leur profit l'exploitation des droits d'usage des oeuvres protégées par leurs instruments techniques afin de rentabiliser les investissements nécessaires à la création de ceux-ci, et ce dans une stricte logique de copyright. Cette tentation risque de se concrétiser par la concentration des industries de contenants et de contenus, l'ensemble de la chaîne de valeur allant de la production à la diffusion des oeuvres risquant d'être finalement contrôlée par quelques groupes intégrés.
 
Il suffit d'aller dans les rayons des grands magasins ou, simplement, de se rappeler ce que nos enfants ou nos petits enfants ont demandé au Père Noël, pour prendre conscience que ce nouveau modèle économique a trouvé une belle concrétisation avec l'« I-pod » d'Apple et l'offre musicale liée à l'« Apple music store ».
 
En somme, l'économie numérique obéit bien aux mêmes règles que l'économie de marché en général et le Législateur est alors confronté à une seule alternative : ou laisser faire le marché, ou le réguler.
 
S'il est bien un outil essentiel de régulation de l'économie de la culture, c'est le droit d'auteur à la française plutôt que le copyright à l'anglo-saxonne.
 
Il était donc de la responsabilité du Gouvernement de confirmer le droit d'auteur, en protégeant les ayants droit, mais en évitant l?émergence d'acteurs intégrés et monopolistiques de l'économie numérique.
 
Malheureusement, le Gouvernement, qui semblait poursuivre cet objectif, ne l'atteint pas au terme de l'examen de ce texte.
 
Il est vrai que l'attitude du Ministre et de la majorité a consisté à rejeter toutes nos propositions d'amendements, à l?exception de deux :
la première visant à garantir l'application de l'exception de décompilation prévue par une directive communautaire de 1991 aux mesures techniques protection,
la seconde promouvant la création d'une plate-forme publique de téléchargement.
 
Il est à ce sujet regrettable que vous ayez refusé d'envisager que les fournisseurs d'accès à Internet soit mis à contribution pour financer la création.
 
Inutile d'insister sur notre proposition, rejetée, d'améliorer la composition du collège des médiateurs, instance initialement prévue par le texte issu de l'Assemblée, que notre rapporteur a transformé en autorité administrative indépendante aux compétences élargies sans assurer la cohérence de sa mission avec celles du CSPLA et de la commission de la copie privée.
 
On peut donc dire que l'économie du projet de loi telle qu'on peut en juger aujourd'hui va à la fois dans le sens de la fragilisation de la protection des droits des créateurs et des artistes et de la généralisation progressive du copyright.
 
En effet, M. le Ministre, vous et votre majorité avez cherché à garantir le respect du droit d'auteur par la seule voie des mesures numériques de protection, sans obliger les éditeurs de ces dispositifs à assurer leur interopérabilité.
 
Le système de sanctions visant à dissuader les internautes de « cracker des DRM » n'est pas efficace, et donc pas crédible, tout comme le dispositif visant à assurer l'interopérabilité de ces mesures.
 
Dès lors, quelle est la crédibilité des Pouvoirs publics, tant à l'égard des créateurs et des artistes que des internautes ? Réduite à peau de chagrin, à l'évidence?
 
Monsieur le Ministre, mes chers collègues, nous voterons donc contre ce projet de loi.
 
Pourquoi ? Parce que ce projet fera une mauvaise loi, qui opposera l'intérêt des internautes à celui des auteurs, dans une logique « perdant-perdant » de laquelle seules les industries de contenants sortiront gagnantes.
 
La gauche s'inscrit en effet résolument dans une autre logique que celle du Gouvernement : la démocratisation de la diffusion de la culture fait partie de nos valeurs comme la protection des créateurs et des artistes, car l'une ne peut aller sans l'autre.
 
Parce que l'équilibre entre ces deux objectifs de politique publique n'est pas atteint par votre projet, nous voterons contre."
 
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Publié dans Au sénat

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F
Bonjour,Une fois de plus je suis indigné de la méthode. Du point de vue des consommateurs et des éditeurs de logiciel, le texte voté par le sénat et l'assemblée sont fondamentalement différents. Malgré l'engagement fait par le ministre devant les députés (*), il s’apprête à réunir la Commission Mixte Paritaire. C'est une insulte envers les députés, les citoyens qu'ils représentent, et tous les internautes qui ont été temoin à ce moment.L'interopérabilité est permise avec une autorité qui peut aider les grands industriels à se mettre d'accord (un peu à l'image des nombreux consortiums sur l'interopérabilité des DRM qui se sont crées et qui n'aboutissent jamais à de solution). En clair, l'interopérabilité sera offerte aux éditeurs qui pourront mettre des millions de dollar sur la table, et qui fermeront leur code source (officiellement pour assurer la sécurité des DRM).Microsoft et Apple ont donc gagné la bataille, Il est clair que le monde du libre ne pourra pas accéder aux contenus protégés et aux services en ligne associés. Or ces services sont importants pour le public (qui achètera un ordinateur, s'il ne peut pas lire dessus les films HD qu'il a acheté ?), et sont des arguments de vente évidente pour les fabricants informatiques grand public. Les systèmes de type Linux ne pourront pas se développer dans le monde grand public. Dans ce secteur, toute la place est laissée à ces 2 grandes compagnies. L'enjeu économique se compte en milliard d'euro. L'Europe tente un bras de fer avec Microsoft, et la France lui offre des fleurs, cherchez la cohérence...Il faut bien comprendre l'intérêt des logiciels libres et systèmes libres pour la France :- dans le domaine grand public pratiquement tous les logiciels français sont des logiciels libres (vlc, mozilla...)- le logiciel libre offre à l'utilisateur une transparence totale de ce qu'il fait. Le fonctionnement du logiciel et les formats qu'il utilise sont connus. Ceci permet de s'assurer que même dans 50 ou 100 ans, les documents que je possède seront lisibles sur mon ordinateur (pérennité des données).- Le logiciel est compréhensible et modifiable par tous. On n’est plus dépendant de l'éditeur logiciel pour corriger, améliorer ou rendre compatible le logiciel (indépendance technologique)- Il offre une sécurité informatique accrue (car les bugs sont signalés et corrigés par plus de monde, et donc beaucoup plus rapidement que les logiciels propriétaires).- Permet au SSII française, et aux autres entreprises de fonctionner avec des technologies fiables, de manière autonome, facilement adaptable à leur besoin (modifiable à volonté).Bref c'est un secteur économique très important. En interdisant au logiciel libre certaines possibilités offertes pas les logiciels propriétaires, c'est tous ce secteur économique qui est remise ne cause.L'interopérabilité et l'article 12 bis (Vivendi Universal) voté par le sénat est loin de faire l'unanimité parmi les consommateurs bien sûr, mais aussi parmi les créateurs (que ce soit ceux de la musique libre, que les artistes SACEM).Ce texte est inadapté et cause de nombreux dommages collatéraux. Les votes extraordinairement serrés de l'assemblée comme du sénat ne sont pas un hasard, et devrait suffire à eux seuls à remettre en cause la procédure d'urgence. Avec un temps de réflexion et de préparation plus important, le texte aurait été davantage acceptable par tous. Nous ne pouvons pas compter sur la CMP pour faire de miracle. Je demande au PS de faire tous leur possible pour réclamer la levé de l'urgence, ou minimum une seconde lecture.FulgoreDéveloppeur, ingénieur réseau, internaute, grand amateur de musique23 ansLyon* : citation : "Je prends devant vous l'engagement que, si des divergences fondamentales apparaissaient entre l'Assemblée et le Sénat, le Gouvernement ne convoquerait pas la commission mixte paritaire, mais laisserait se prolonger la discussion entre les deux assemblées." (assemblée nationale, 2ème séance du jeudi 9 mars)
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