Grotesque" et "dangereux": tirs croisés de l'opposition contre la notation des ministres
"Grotesque", "pitoyable", "gadget dangereux": l'opposition est unanime pour fustiger l'évaluation des ministres pilotée par Matignon, tant dans son principe que pour le choix des critères retenus, et la légitimité d'un cabinet privé pour mener cette investigation. Chaque ministre va être évalué dans son action grâce à une grille de critères, établis avec un cabinet privé en stratégie, Mars & Co. Mais celui-ci a terminé son travail et ne participera pas à cette évaluation, assure Matignon qui veut garder la main sur cette initiative originale en Europe annoncée jeudi.
"C'est du guignol!", c'est "grotesque", a lancé Alain Krivine, porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire sur RFI, une "vraie méthode patronale de gestion". Le leader donnerait "20 sur 20" à Nicolas Sarkozy si le critère d'évaluation était "l'augmentation personnelle de salaire".
Le Parti socialiste avait relevé également jeudi soir par la voix du député Julien Dray que "le seul qui échappe à la notation est Nicolas Sarkozy".
Les jeunes socialistes ne sont pas en reste. Sur son blog, Nicolas Anoto lance "on est pas à Mac Donald's!" et écrit : "on se demandait à quoi servait M. Fillon, on le redécouvre manager dans un gouvernement qui ressemble à la cuisine d'un fast food!".
L'opposition critique également les critères retenus: "fantaisistes et douteux", comme "le nombre des sans papiers expulsés pour Brice Hortefeux ou le nombre de ministres français présents aux Conseils des ministres européens pour Bernard Kouchner", selon Julien Dray.
La députée Aurélie Filippetti, porte-parole du groupe PS à l'Assemblée nationale, juge "intolérable que le ministre de l'identité nationale soit bien noté parce qu'il aura renvoyé assez d'immigrés clandestins" et "tout aussi ridicule" d'évaluer la ministre de la Culture "sur la fréquentation des musées".
Par-delà ces critiques, plusieurs pointent du doigt ce qu'ils appellent un "gadget dangereux". Ainsi, pour le député PS Pierre Moscovici, cette initiative "porte atteinte à la responsabilité du gouvernement devant le Parlement, qui doit être le seul à même de le contrôler", a-t-il déclaré.
Le politologue Dominique Reynié a jugé sur RFI que cette initiative posait un "problème fondamental", celui de "la dissolution des responsabilités politiques des membres d'un gouvernement, qui sont responsables devant les élus du peuple".
Pour lui, "paradoxalement, on enlève (au Parlement) un des derniers pouvoirs qui lui était encore concédé, le contrôle des membres du gouvernement, à la veille d'une révision de la Constitution qui promet de restaurer les pouvoirs du parlement".
Plusieurs rappellent comme le député Benoît Hamon, que "les politiques sont évalués, à la différence des grands managers, aux élections". "On verra aux prochaines élections municipales, c'est le meilleur baromètre", prévient-il, alors que pour Nicolas Anoto, "au-delà des hémicycles, les élections de mars seront pour les électeurs une occasion de rappeler que la politique ne se fait (...) ni à Eurodisney, et encore moins dans un cabinet de consulting!".
L'ancien Premier ministre socialiste Laurent Fabius indique lapidairement à l'AFP qu'il n'est "pas favorable à ce système".
L'UMP Nadine Morano, porte-parole, persiste et signe: il s'agit d'une "modernisation de la vie politique", "pas une question de chiffres", et "d'abord le respect de nos engagements que nous devons aux Français".
Christine Pouget / AFP