Le PS critique "le penchant atlantiste" de la diplomatie sarkozyenne
Le Parti socialiste s'est alarmé mercredi des inflexions de la diplomatie française sous la présidence de Nicolas Sarkozy, marquée, selon lui, par une orientation franchement "atlantiste" et inspirée des "néo-conservateurs américains". Au lendemain des déclarations du ministre de la Défense Hervé Morin appelant à cesser de "chipoter et barguigner" avec l'Alliance atlantique, Pierre Moscovici, responsable des questions internationales au PS, a critiqué "l'absence d'une vision globale" dans la politique étrangère du chef de l'Etat, "ses hésitations et contradictions".
"Sa seule cohérence, c'est son penchant atlantiste", a déclaré l'ex-ministre des Affaires européennes lors d'une conférence de presse au siège du PS.
Passant en revue les principaux chapitres de la politique extérieure, M. Moscovici a décerné de rares bons points à M. Sarkozy: son évolution, "sous la pression de nos partenaires", en faveur de la poursuite des négociations sur l'adhésion de la Turquie à l'UE, et le Liban où l'action de Jacques Chirac était "trop fondée sur des amitiés personnelles".
Se défendant de toute "critique systématique", le responsable socialiste voit deux novations: "le style Sarkozy - le mouvement pour le mouvement -" et "peut-être d'abord des gestes à l'égard des Etats-Unis", dont le PS se veut néanmoins "l'ami".
M. Moscovici a dénoncé "des revirements qui nous inquiètent profondément" sur la philosophie de la diplomatie de Paris, opposant les discours de la campagne du candidat Sarkozy à ses initiatives de chef d'Etat.
Il a accusé le président d'avoir, en parlant devant les ambassadeurs de "confrontation entre l'Occident et l'islam", repris à son compte "ce qui n'est qu'une construction des néo-conservateurs américains", pourtant en perte de vitesse en raison du bourbier irakien. Aux yeux de l'ex-ministre, cette conception est "dangereuse pour l'avenir du monde".
En Irak, la politique de M. Sarkozy - auquel M. Moscovici a accolé le nom de Bernard Kouchner - "ne parvient pas à se libérer de son penchant atlantiste", comme en témoigne le "silence assourdissant" sur la question du retrait des troupes étrangères.
Quant au programme nucléaire iranien, c'est "l'alignement sur la position de George W. Bush" qui envisage des sanctions hors du cadre des Nations unies.
Mais l'Afghanistan est "l'illustration la plus frappante de l'incohérence de Nicolas Sarkozy et de son alignement atlantiste", selon M. Moscovici qui s'est notamment ému du redéploiement des avions de l'armée française sur la base de Kandahar, sous commandement américain, y voyant "un message politique fort adressé à George Bush et à l'Otan".
Quant aux relations révisées avec l'Otan, abordées par M. Sarkozy et M. Morin, elles soulèvent des interrogations, faute de "précisions", selon le dirigeant PS. Mais "il y a là une petite musique qui n'est pas neutre".
M. Moscovici a encore relevé "la multiplication des sujets de friction" entre la France et ses partenaires européens, l'Allemagne en tête. "Il faut que nous arrêtions de nous approprier les succès des autres", a-t-il lancé, parlant de la libération des soignants bulgares.
L'Afrique et la Russie n'ont pas été oubliées. La première pour fustiger "le discours teinté de préjugés néo-colonialistes" de Nicolas Sarkozy à Dakar, la seconde au profit de laquelle le Président ferait preuve d'"indulgence" après ses vives critiques pendant la campagne, sur la Tchétchénie notamment.
Thiery Masure / AFP