Mouvement étudiant : réactions d'anciens leaders
D'anciens militants étudiants sont en phase avec le mouvement. Ils le soutiennent tout en restant prudents. Léa Filoche, militante socialiste, présidente de la Fidl en 1998 et ancienne secrétaire nationale de l'Unef, analyse : « Je ne pensais pas que les étudiants réagiraient aussi vite, mais je soutiens leur action. Il n'est jamais facile pour des étudiants de choisir de bloquer leur fac ou encore d'occuper les gares, mais c'est nécessaire. J'espère que les étudiants vont gagner, même s'il est difficile de savoir si le gouvernement va plier vite ou pas. Espérons qu'il n'y ait pas de débordements, d'un côté comme de l'autre, et qu'on parvienne à une solution de compromis. Par ailleurs, je crois que le mouvement étudiant qui progresse est avant tout lié au contexte social et politique. L'heure est à la mobilisation sociale et les étudiants veulent en être. »
Isabelle Thomas, conseillère régionale PS de Bretagne était vice-présidente de l'Unef en 1986 lors de la contestation contre la loi Devaquet. Elle prône des moyens d'action démocratiques : « Cette loi sur l'autonomie prépare un système d'inégalités et d'injustices. Déjà en 1986, le projet Devaquet organisait l'autonomie en donnant aux universités le droit de choisir leurs frais d'inscription et nous avions réussi à l'abroger. Comme l'a dit François Fillon c'est une loi symbolique de la droite. Pour moi, elle décrète l'inégalité. Sur les moyens d'action, il y a toujours eu des divisions entre les étudiants, les assemblées générales ont toujours été tendues et les « anti-blocage » ont toujours existé. La démocratie des votes et des assemblées est donc primordiale. S'il y a contestation, il faut faire des votes à bulletins secrets, comme hier à Rennes. » Des votes qui ont d'ailleurs exprimé une majorité anti-blocage.
David Assouline, sénateur socialiste, porte-parole de la contestation étudiante contre le projet Devaquet en 1986 et ancien dirigeant de l'Unef, se dit fidèle à ses principes de jeunesse en privilégiant les actions massives plutôt que les opérations coup de poing minoritaires : « Ce mouvement contestataire était prévisible. J'avais moi-même mis en garde au Sénat sur la situation des étudiants, en prévenant qu'il fallait s'attacher à leurs problèmes fondamentaux qui touchent leur vie quotidienne. Faire passer la loi pendant les vacances était risqué et laissait présager le mouvement de cet automne. En ce qui concerne les moyens d'actions, je préconise, tout comme lorsque j'étais étudiant, des actions massives. Il faut convaincre la majorité des étudiants et ne pas se perdre dans des actions minoritaires radicales qui rendent le mouvement impopulaire, tel que l'occupation des gares. Pour gagner, il faut être rassemblé jusqu'au bout. »
Julien Dray, membre du Parti socialiste, ancien leader lycéen puis étudiant était vice-président de l'Unef en 1980. Cet ancien trotskiste ne supporte plus d'être interrogé au titre de son passé activiste. Il nous a lancé, sur un ton rude, « Je ne vous dirai rien sur ce sujet, allez appeler d'autres anciens ! » Il faut dire qu'il s'était déjà fait piéger lors du Grand Rendez-Vous Europe-1/TV5Monde/Le Parisien/Aujourd'hui en France, manifestant moult préventions : « Le mouvement doit rester attaché à ses revendications mais la radicalité dans la contestation peut faire le jeu in fine de ceux qui veulent faire plier les organisations syndicales ». Serge July, journaliste, co-fondateur de Libération, vice-président de l'Unef en 1965 et très actif pendant les événements de Mai 68, nous a répondu non sans ironie, qu'il n'était pas un spécialiste et qu'il ne nous dirait rien sur le sujet.
Michel Field, journaliste, ancien responsable lycéen de la LCR qui avait crevé l'écran lors du mouvement contre la loi Debré en 1973, n'a pas souhaité non plus nous répondre, « je ne suis plus étudiant » a-t-il rétorqué. On s'en serait douté. De même, Daniel Cohn-Bendit, député européen et meneur de Mai 68, n'a pas voulu nous répondre. Delphine Batho, députée socialiste de la deuxième circonscription des Deux-Sèvres et présidente de la Fidl en 1990, préfère laisser la parole aux lycéens. En 1969, le journal mao Tout titrait : « Nous ne sommes pas contre les vieux mais contre ce qui les fait vieillir. » Manifestement, les vieux soixante-huitards sont aujourd'hui dans une optique inverse : ils ne sont pas contre les jeunes mais contre ce qui les rend jeunes.
Pauline Delassus / marianne